DAMAS ET TISSUS DAMASSÉS.

Les tissus désignés sous la dénomination de damas se font en soie, en bourre de soie, en laine, en laine et coton, en coton seulement, enfin en coton mélangé de fil. Nous parlerons d'abord des damas soie.

Les tissus désignés sous la dénomination de damas se font en soie, en bourre de soie, en laine, en laine et coton, en coton seulement, enfin en coton mélangé de fil. Nous parlerons d'abord des damas soie.
Le nom de cette étoffe paraît lui avoir été donné parce que les premiers tissus de ce genre provenaient de la ville de Damas en Syrie. Au dire de M. Pardessus (Collection des lois maritimes antérieures au XVIII °siècle), dès le temps de la dynastie mérovingienne, c'est-à-dire, dès les ve et VIe siècles, Damas nous envoyait de cessortes d'étoffes de soie, que l'on y fabriquait en quantité, et qui étaient l'objet d'une exportation très considérable.


Pendant tout le moyen-âge, les draps de Damas eurent une grande célébrité. On les appellait aussi damas tout court. La variété de ces riches tissus était prodigieuse ; on en trouve la preuve dans les anciens comptes ou inventaires. Il y en avait de toutes couleurs et nuances; cependant, les damas blancs paraissent avoir été les plus rares, et les noirs les plus communs, mais on en faisait de verts, de bleus, de violets cramoisis, de jaunes, de rouges, de vermeils, etc., etc.
Il y en avait aussi de deux couleurs, par exemple bleu et blanc, vert et violet, etc., etc.
Quant aux tissus appelés draps d'or de Damasque, c'étaient, à proprement parler, des draps d'or ou d'argent, qui provenaient de Damas, ou qui étaient censés en provenir. Il est même très probable que tous les damas ne se fabriquaient pas exclusivement dans la ville qui leur a donné son nom, et qu'il en venait de tout l'Orient. Il est constant d'ailleurs que les Chinois ontfabriqué ce genre d'étoffe dès les temps les plus reculés.
Il est établi aussi, par des inventaires du XIVe siècle, que, dès cette époque, les damas furent en usage à la cour des ducs de Bourgogne, où le luxe était porté à un très haut degré.
Le damas était le plus ordinairement employé pour vêtements des deux sexes; toutefois, il servait aussi à d'autres usages, et ce qui le prouve, c'est que dans un compte de 1432 (voir l'Histoire des Ducs de Bourgogne, 2émé  partie, tome 1er), il est fait mention de deux pièces drap de Damas très riche, achetées d'un marchand nommé Paul Melian, originaire de Lucques et demeurant à Bruges. Ces deux pièces d'étoffe étaient destinées à couvrir la sépulture de deux fils du duc de Bourgogne ;car on avait alors la coutume d'étendre de riches étoffes sur les tombeaux.
Plusieurs autres comptes ou inventaires de la même époque, ou plus récents, parlent des draps damasquinés de Lucques.
Nous ferons observer ici que, selon toutes les apparences, les désignations de drap de Damas et de damas simplement, étaient données, aux XIVe et XV siècles, à deux espèces d'étoffes différentes; ces désignations indiquaient, pour l'une de ces étoffes, la provenance vraie ou supposée; pour les autres, le dessin qui les décorait.
Mais, dès le XVIe siècle, cette distinction s'étant effacée, il n'y avait plus que des tissus damassés, lesquels n'étaient pas toujours de soie.
Il est bien certain que, dès le XVe et le XVIe siècle, les damas et autres riches étoffes ne venaient pas seulement de l'Orient, de Constantinople et de l'Espagne; l'Italie en fabriquait aussi. Florence, Lucques, Bologne, Venise, Milan et Gênes, possédaient dès-lors de nombreux ateliers d'où sortaient et étaient exportés en assez grande quantité, des velours, des satins, des damas, des taffetas, des serges, et autres variétés de soieries.
On faisait alors des étoffes de soie dans presque toutes les villes d'Italie. Vicence, Gênes et Bologne fournissaient plus spécialement des tissus unis; mais les manufactures les plus considérables et les plus avancées au point de vue de l'art, étaient celles de Lucques et de Venise, dont les produits se voyaient recherchés, non seulement à l'étranger, mais en Italie et même dans les villes où l'on fabriquait aussi des soieries. C'est là ce que constatent les documents contemporains; car les mentions de draps d'or et de draps de soie de Lucques se retrouvent à chaque instant dans les anciens comptes ou inventaires que nous avons dû compulser.Au XIIP siècle, le comtat Yenaissin, qui faisait partie des états de l'Eglise, dut au séjour que les papes firent assez longtemps à Avignon, un surcroît de prospérité industrielle. La culture du mûrier, l'éducation des vers à soie, et la fabrication de quelques étoffes de soie s'introduisirent successivement dans le comtat.
On ne fabriqua primitivement à Avignon qu'une étoffe à chaîne de soie et à trame de laine, connue alors sous le nom de doucette. Mais bientôt, on y tissa des étoffes toutes de soie, unies et façonnées, spécialement des damas, dont la fabrication fut introduite par des Génois qui étaient venus se fixer à Avignon.
La fabrication des soieries fut introduite en France , dès le XVC siècle, sous le règne de Louis XI.
On a cru longtemps que la première manufacture qui ait existé en France, fut établie à Tours en 1470; mais des lettres patentes de Louis XI, données à Orléans, en 1406, prouvent que Lyon a eu l'antériorité sur Tours pour l'exploitation de cette industrie. Quoi qu'il en soit, les priviléges accordés par ce monarque à Lyon et à Tours, les avantages et les immunités concédés aux ouvriers en soie qui viendraient s'établir en France, furent de puissants encouragements, et contribuèrent beaucoup au progrès de cette industrie.
Mais c'est à dater du règne de François Ier, que les manufactures de Lyon commencent à prendre un développement remarquable. En 1536, ce prince se trouvant à Lyon, au retour de l'expédition de Savoie, donna, sur la demande des consuls ou conseillers de la ville, des lettres patentes en forme de charte, en faveur de la fabrique de soieries de Lyon.
Il est dit dans cette charte que le roi, afin d'attirer à Lyon les ouvriers en velours, Génois et autres, « veut qu'ils puissent acquérir dans le royaume tels biens meubles et immeubles, et disposer d'iceux par testaments, donations entre vifs ou autrement, comme bon leur semblera; et que leurs femmes, enfants, et héritiers nés et à naître, puissent succéder comme s'ils étaient natifs du royaume, sans prendre lettres de naturalité ou d'aubaine, ou être contraints de payer aucune finance ou indemnité. Veut également sa majesté que lesdits ouvriers soient exempts de toutes tailles et impôts, etc., etc. »
Deux Génois, Etienne Turquety et Barthélemy Nariz, furent les premiers qui se présentèrent pour recueillir les bénéfices de cette charte; ils vinrent s'établir à Lyon avec huit compagnons ouvriers, et fixèrent leur domicile au quartier St-Georges. Présentés aux conseillers et échevins par le célèbre négociant Gadagne, ils exhibèrent les produits fabriqués par eux, et obtinrent,outre l'autorisation de monter des métiers, des avances de fonds destinées à faciliter leurs débuts.
Mais nous avons dû rectifier l'opinion erronnée et trop accréditée généralement qui attribue à ces deux Génoisl'introduction dans notre ville de la fabrication des étoffes de soie.
Puisque nous avons été amené par notre sujet à certains détails historiques, nous en ajouterons quelques autres.
Les successeurs de François Ier encouragèrent comme lui le développement des manufactures lyonnaises; les priviléges que ce monarque avait concédés aux étrangers qui apporteraient chez nous leur industrie, furent confirmés successivement par Henri II, en 1548; par Charles IX, en 1564 et en 1567; par Henri III, en 1574; par Henri IV, en 1595; par Louis XIII, en 1616, etc., etc.
Mais, à part les immunités accordées aux fabricants de soieries, les souverains que nous venons de citer favorisèrent aussi la prospérité des fabriques de soieries de Lyon, en faisant de cette ville le seul entrepôt de toutes les soies étrangères qui entraient en France.
Ainsi, François Ier (1540), Charles IX (1566), Henri III (1585), Henri IV (1605), Louis XIII (1615), accordèrent à Lyon ce privilége qui offrait des avantages considérables au commerce de cette ville.
Par les édits et lettres-patentes donnés aux dates cidessus, il était prescrit que les marchands de Paris, Tours, etc., etc., devaient tirer leurs soies de Lyon, ou tout au moins les y faire passer; soit qu'elles eussent été introduites en France par la voie de Marseille, venant du Levant; soit qu'elles fussent entrées par le Pont-de-Beauvoisin, venant d'Italie.
C'est sans doute à raison de cette obligation, plus encore que par suite de la prospérité de la manufacture de Lyon, encore dans l'enfance à cette époque, que nous voyons, dès le commencement du Xvr siècle, l'usage des étoffes de soies pour vêtements, répandudans notre ville à un point qui nous semblerait peu vraisemblable, si l'on ne trouvait ailleurs, dans le même temps, une abondance surprenante d'étoffes de soieries employées pour vêtements.
La relation de l'entrée de Louis XII à Lyon, en 1507 (voir l'ouvrage intitulé : Relations des entrées solennelles dans la ville de Lyon. -Lyon, 1752), nous apprend qu'à la porte du Rhône, sur un échafaud, figuraient des personnages : « A savoir, une fille habillée de taffetas rouge, signifiant FORCE; une autre fille, habillée de taffetas pers ( bleu), signifiant PRUDENCE une autre, habillée de taffetas jaune, signifiant DILIENCE; une autre, habillée de taffetas violet, signifiant VAILLANCE, etc., etc. »
Plus loin, il est dit: « De soie étaient aussi habillés d'autres personnages, tels que Noble-Vouloir, le Prince, Proserpine, France, Justice, Pitie; tous lesquels firent au roi un compliment en vers, convenable au caractère qu'ils représentaient.»
Remarquons à ce propos que Lyon n'était pas seulement alors une ville de fabrique; c'était surtout l'entrepôt des soieries de l'Italie et du Levant. Aussi sa population se composait-elle presqu'autant d'Italiens que d'enfants du sol. Un fait assez curieux est constaté par les récits des entrées solennelles des souverains; occasions où l'on déployait, comme nous l'avons dit, un très grand luxe de soieries. Lors de la première entrée de François Ier à Lyon, le 15 juillet 1515, les conseillers de la cité vinrent a la rencontre du monarque, vêtus de robes de damas tanné et de pourpoints de satin cramoisi.
Après eux venaient les Lucquois, vêtus de robes de damas noir; puis les Florentins, habillés de robes de velours; enfin les enfants de la ville, habillés de drap blanc, de satin blanc et de velours. Les Lucquois et les Florentins marchaient donc avant les Lyonnais; mais à dix-sept ans de là, les choses se passèrent autrement. Ainsi dans le défilé qui eut lieu le 27 mai 1533, lors de l'entrée de la reine Éléonore dans la cité lyonnaise, les étrangers cédaient le pas aux enfants de la ville.
Le besoin que notre fabrique de soieries, encore à l'état d'enfance, avait alors de bras exercés, expliquera la présence de tous ces étrangers. Cependant ces Génois, ces Lucquois, ces Florentins , qui figuraient alors en corporation dans les cérémonies publiques, n'étaient pas seulement des ouvriers tisseurs de soie, attirés chez nous par la perspective des avantages que leur offraient les ordonnances royales. Beaucoup de ces étrangers étaient des négociants et des banquiers établis à Lyon; peut-être, des facteurs des diverses maisons de commerce de Gênes, de Florence, de Lucques, etc.
On sait d'ailleurs que les guerres civiles du moyen-âge avaient forcé quantité de familles italiennes à venir chercher un refuge en France, et que nous devons à cette émigration une quantité de noms devenus illustres dans nos annales par des services rendus à l'industrie ou la société; entr'autres, les Gondi, les Pazzi, les Capponi, les Gadagne, les Pestalozzi , les Sève, les Spons, etc., etc., qui tous furent établis et naturalisés à Lyon dans les XVe et xvr siècles.
La digression dans le domaine historique, à laquelle nous avons donné un développement qui a son côté utile, nous a un peu éloigné du sujet que nous traitons en ce moment. A partir du XVIIe siècle, époque où commença pour les manufactures lyonnaises une ère de splendeur et de prospérité, la fabrication des tissus façonnés, et entr'autres des damas tant pour meubles que pour robes, prit dans notre ville une extensionprodigieuse. On distinguait les damas pour robes, et ceux pour meubles; les damas liserés et brochés,etc..etc.
Mais on ne se borna pas à faire des damas de soie, et la fabrication des damas appelés caffarts date de très loin. Dans cette espèce de tissus, qui imitait le véritable damas, la chaîne seule était de soie; on employait pour la trame, le fil, le fleuret, la laine, le coton, et quelquefois même le poil.
Au siècle dernier, on faisait des damas à Abbeville, dans le pays de Caux, à Châlons-sur-Marne, dans quelques villes de Flandre, notamment à Tournay; on en faisait aussi en Hollande. Voici les différences qui existaient entre les produits de ces diverses localités :
Les damas d Abbeville étaient travaillés de même que les damas de soie, à grands dessins, c'est-à-dire, à fond et à fleurs; la chaîne était de fil, et la trame de coton.
Ceux du pays de Caux étaient à petits dessins, c'est-à-dire à raies au lieu d'être à fleurs; il n'y avait pas d'ailleurs d'autre différence entre eux et ceux d'Abbeville.
Les damas de Hollande étaient tout de soie, mais beaucoup plus légers que les nôtres.
Ceux que l'on fabriquait à Châlons-sur-Marne, à Tournay et dans les environs de cette ville, étaient de laine pure en chaîne et en trame.
Les damas de la Chine ou des Indes s'importaient beaucoup en Europe au siècle dernier. Ils étaient très recherchés, parce qu'ils conservaient leur beauté après le dégraissage, qualité que nos tissus de ce genre ne possédaient pas. On les désignait sous le nom de damas de Chine, parce qu'ils étaient fabriqués en ce pays, du moins pour la plus grande partie; et sous celui de damas des Indes, parce que c'était des Indiens que les achetaient d'ordinaire les employés de la Compagnie Anglaise des Indes. Ils avaient de 45 à 50 centimètres de large, et les pièces variaient de 8 m. 40 c. à 13 m. 20 c., et à 14 m. 40 c. de longueur.
A Amsterdam, les damas de Chine, ceux de Lucques, et ceux fabriqués dans la Hollande même, étaient l'objet d'un grand commerce aux XVIIe et XVIIIe siècles.
De nos jours, on tire encore de Chine des damas de soie pour meubles : ils se vendent par pièces de 15 à 16 mètres environ, et la largeur ordinaire de l'étoffe est de 0 m. 70 c. ; leur solidité les fait estimer, mais la soie employée dans leur confection est moins fine que celle des tissus semblables fabriqués à Lyon.
La fabrication des damas soie avait autrefois, à Tours, une assez grande importance ; on y faisait des tissus de cette espèce pour robes et pour meubles. De nos jours, les manufactures de cette ville ne font plus que des damas pour meubles; mais cette production est assez considérable.
Il n'en est pas de même à Nîmes, où la fabrication des damas soie, pour meubles, autrefois importante, est actuellement à peu près abandonnée.
Les manufactures de Lyon produisent de beaux damas de soie pour menbles et pour robes. Ces derniers sont traités en qualités plus belles, et naturellement à plus petits dessins. Les tissus de ce genre pour meubles, ont habituellement 70 c. de largeur. Ceux qui sont faits pour robes varient beaucoup, soit comme aunage, soit comme largeur. Lyon peut être considéré comme le centre principal de production des damas pour robes; car si l'on en fabrique dans les autres localités où se trouvent des manufactures de soieries, c'est en très petite quantité. Aussi l'on peut dire que Lyon monopolise à peu près cette spécialité de tissus.
Berlin et Vienne ont des fabriques de damas soie pourmeubles; mais'leurs produits ne peuvent entrer en rivalité avec ceux de Lyon.
La mécanique Jacquard, en substituant des procédés plus simples au travail lent, coûteux et incommode du métier à la tire, a permis de donner un développement considérable à la production des étoffes façonnées, et spécialement à celle des damas, soit à raison de l'abaissement du prix de travail, soit parce que cette diminution de main-d'oeuvre a facilité l'emploi de matières moins coûteuses. Par suite, la consommation des tissus damas s'est accrue dans une proportion considérable.
On connaissait depuis longtemps le damas laine et soie, composé d'une chaîne bourre de soie et d'une trame laine peignée; mais il n'y a guère que trente ans au plus que ce genre d'étoffe est entré dans la consommation usuelle. L'Exposition de 1834 fut la première où l'on accorda des médailles à des fabricants qui avaient produit au concours des damas pour meubles traités en laine pure, ou dans lesquels la laine était mélangée avec la soie ou le coton.
Nous avons vu plus haut que, dès le siècle dernier, on faisait à Châlons-sur-Marne, ainsi qu'à Tournay et aux environs de cette ville, des damas dont la chaîne et la trame étaient de laine.
Cette fabrication, qui s'était perdue, a reparu de nos jours, avec quelque différence probablement dans les matières employées. Il se fabrique des damas tout laine dans plusieurs localités, mais plus particulièrement à Uoubaix, qui peut être considérée comme le siège de cette industrie. Ce tissu, confectionné avec des laines peignées et lustrées, est habituellement d'une seule couleur, et on les teinten laine. La largeur de l'étoffe, pour les qualités ordinaires et courantes, est de 1 m. 30 c., et les pièces ont de50 à 55 et 60 mètres. On a essayé en Belgique de fabriquer  les damas laine; mais ces tentatives n'ont pas eu de succès jusqu'à ce jour.
La fabrication des damas laine et soie est une spécialité industrielle qui appartient à la France, soit par son origine, soit parce que nos produits en ce genre sont supérieurs comme qualité à ceux des pays où l'on a fait des essais plus ou moins heureux. A l'Exposition de Londres, en 1851, on a vu des damas laine et soie, de fabrication anglaise. Ces tissus, sous le rapport de l'exécution, ne présentaient rien de défectueux, mais il n'en était pas de même au point de vue du goût.
Quelques étoffes de même espèce avaient été exposées par des fabricants autrichiens.
En France, la fabrication des damas laine et soie est répandue dans bon nombre de localités. On en fait à Paris, à Rouen, à Mulhouse, et dans quelques villes du département du Nord. Il serait difficile toutefois d'assigner à cette industrie un centre principal, et aucun des pays producteurs ne nous paraît avoir droit à une primauté.
A Rouen, à Sainte-Marie-aux-Mines (Haut-Rhin), et dans plusieurs villes manufacturières du département du Nord, on fait des damas en laine et coton; ces tissus sont ordinairement de deux couleurs. Ce genre de fabrication est très répandu en Allemagne; mais c'est à Chemnitz (Saxe) que cette spécialité donne lieu plus particulièrement à une production considérable.
On fait les damas laine et coton en deux sortes de largeur, grande et petite. Les étoffes en grande largeur ont 1 m. 20 c.; les étoffes en petite largeur, 70 c.
Les damas de coton se fabriquent quelquefois d'une seule couleur; alors, on les teint en pièce. On en faitaussi en deux couleurs, et même en un plus grand nombre. Les principaux centres de cette production en France, sont: Rouen, Sainte-Marie-aux-Mines (Haut-Rhin) et Troyes (Aube).
Quelques villes des départements du Nord, de l'Eure et du Calvados se livrent à cette fabrication.
En Belgique, de même qu'en Allemagne, notamment en Saxe, on fait également des damas de coton.
Il convient d'observer, au sujet de cette spécialité de tissus damas, que dans les manufactures du Calvados et de l'Eure, on mélange parfois du fil avec le coton.
Les damas fabriqués dans ces localités, étant en quelquesorte un accessoire des articles de literie, dont la fabrication constitue une branche importante de l'industrie de ces pays, sont habituellement de couleur écrue et blanche.
En Allemagne, le système de fabrication n'est pas le même, il embrasse plus particulièrement la confection de carrés damassés pour tapis de table; dans ces carrés on fait entrer un mélange de soie et de coton de soie et de fil, etc., etc. On remarque en général, dans ces produits, une assez grande complication de dessins.
Nous ne donnons pas ici des détails circonstanciés sur les divers tissus damas en laine, en laine et coton, laine et soie, etc., etc., parce que nous aurons occasion d'y revenir lorsque nous traiterons les étoffes laine, coton, fil, mélange, etc., etc. Pour le même motif, nous ne consacrerons que quelques mots aux tissus désignés sous l'appellation de damassés, dénomination appliquée d'une manière toute spéciale au linge de table portant des dessins comme les damas.
La Saxe resta fort longtemps le principal centre de fabrication des damassés, soit parce que ses produitsétaient en possession d'une ancienne renommée, soit parce que la main-d'oeuvre y était peu coûteuse. Cette industrie fut également exploitée autrefois en Flandre ; les damassés de ce pays étaient connus dans le commerce sous la dénomination de petite Venise.
De nos jours, la Saxe continue de produire ce genre d'articles ; mais les conditions avantageuses dans lesquelles se trouvaient autrefois ses manufactures, n'existent plus, depuis que la mécanique Jacquard a simplifié les procédés de fabrication. Aussi fait-on le linge damassé dans plusieurs de nos départements ; grand nombre de localités, parmi lesquelles il s'en trouve qui sont voisines de Paris, se livrent à l'exploitation de cette industrie. Enfin, la confection des damassés pour linge de table, s'est aussi introduite en Irlande depuis quelque temps.
Nous ne devons pas oublier de mentionner qu'on a essayé de fabriquer du linge damassé en coton; mais jusqu'ici ce produit n'est pas entré dans la cônsommation  générale : on peut dire de cet essai qu'il n'a pas encore réussi.


DESCRIPTION ET ENTENTE DES DAMAS SOIE.
Le type primitif des damas soie est le damas sans envers
Ce genre de tissu représente un article satin et grosgrains; à l'endroit, le dessin est figuré par le satin, et le fond par le gros-grains. A l'envers, c'est le contraire; c'est-à-dire, que le gros-grains y forme le dessin, tandis que le satin figure le fond; par conséquent, les fleurs sont relevées en satiné.Tous les damas, en général, sont montés sur cinq lisses de satin, ou fils disposés sur des lisses qui embrassent les fils de chaîne et les font lever et baisser à volonté. Il y a de plus, dans le montage, cinq lisses de rabat, dans lesquelles sont passés les fils de chaîne; ces lisses de rabat sont destinées à faire baisser les fils au besoin. Pour les damas liserés ou brochés, on ajoute cinq lisses dites de liage, servant à faire lier la dorure ou la soie au corps de l'étoffe, dans la partie liseréeou brochée.
On nomme damas liserés les tissus dans lesquels le contour des fleurs et du dessin est suivi par un fil d'or, d'argent ou de soie, d'une autre couleur que celle du fond de l'étoffe.
On appelle damas brochés, ceux qui sont nuancés en plusieurs couleurs, et brochés au moyen d'espolins à la main, ou à l'aide d'un battant-brocheur.
Toutes les manufactures européennes qui font le damas soie, en général, diffèrent dans la manière de le fabriquer ; ainsi, elles emploient pour la chaîne différentes sortes de soies, et des comptes de chaîne différents.
Aussi peut-on constater qu'il se fait des damas dont le poids varie depuis 30 jusqu'à 100 grammes au mètre, dans une largeur de 60 centimètres.
DISPOSITION D'UN DAMAS COURANT SANS ENVERS.Réduction de peigne : 22 dents au centimètre.Remettage : 1,320 dents à 8 fils par dent, remis par 10 fils au maillon, et passés sur 5 lisses de levée et 5 lisses de rabat.Ourdissage : par 10,560 fils simples.Lissage : 10 lisses, comptant ensemble 5,112 mailles simples (5 de ces lisses sont de levée et 5 de rabat).Empoutage : 1,056 cordes, empoutées à pointe et à retour, sur 528 crochets.Colletage : 528 crochets pour le dessin; 92 cordes vides; en tout, 620 crochets.Le remettage de chaque maillon est ainsi: 1 fil sur la première lisse de levée; un fil sur la première lisse de rabat, et en continuant jusqu'à 10 fils sur chaque corps de lisses.
On fait des damas glacés, des damas trame jaspée, et on peut aussi varier les manières à l'infini.

DISPOSITION D'UN DAMAS, ENDROIT DESSOUS, FOND REPSRéduction de peigne : 24 dents au centimètre.Empoutage : 5 chemins, arcades encroisées, 2 cordes au même maillon, en 400.Remettage : 2 fils au maillon, passés à la lève sur 8 lisses.
Le damas ci-dessus décrit se fait pour robes.

DISPOSITION D'UN DAMAS LISERÉ DEUX LATS, ENDROIT DESSOUS.Largeur du tissu : 60 centimètres.Réduction de peigne : 26 dents au centimètre.Empoutage : 4 chemins de 584 cordes; empoutage encroisé; deux cordes au même crochet.Remettage : 2 fils au maillon passés à la lève sur 8 lisses, et passés au peigne à 6 fils en dent.Ourdissage : 9,344 fils simples.
Ce genre de damas se fait seulement pour l'article robes.

DISPOSITION D'UN DAMAS EN TAILLE-DOUCE LISERÉ.Largeur du tissu : 60 centimètres.Empoutage : 880 dents empoutées en 12 chemins sur deux corps, par 71 cordes pour chaque corps.Remettage : 852 dents, remises à 10 fils par dent en deux corps; les 9 premiers fils sur un maillon du premier corps, et le dixième, sur un maillon du deuxième corps. Tous les cinquièmes fils de chacun des maillons du premier corps, sont passés ensuite sur 4 lisses de rabat et sur 4 lisses de levée; les 8 autres fils sur 8 lisses de levée. (Il est bien entendu que les maillons doivent avoir autant de trous qu'il y a de fils).Ourdissage : (premier rouleau-satin) 6,816 fils simples. - (Deuxième rouleau, liage du sergé) : 852 fils simples. - (Troisième rouleau, pour taille-douce) : 852 fils doubles.Lissage : 4 lisses de levée de 213 mailles chacune ; 4 lisses de rabat, aussi chacune de 213 mailles; 8 lisses de levée de 852 mailles pour chaque lisse. La figure explicative de notre Atlas donnera l'armure de ce tissu.
Ce genre de damas est employé pour ameublements.

TISSU APPELÉ DAMAS FRANÇAIS
Avant d'entrer dans la description de ce tissu et des procédés servant à sa fabrication, nous devons constater que M. Valayer, qui en a été l'inventeur, a eu le mérite de doter la fabrique lyonnaise d'un genre d'étoffe tout à fait nouveau, et qui aurait pu devenir l'objet d'unefabrication assez étendue, pour peu qu'il eût eu, comme beaucoup d'autres innovations moins importantes peutêtre,le bonheur d'être favorisé par la mode, cet arbitre souverain dont les caprices régissent seuls l'avenir de toutes les créations, surtout en matière de tissus.
Antérieurement à cette invention, M. Valayer avait doté l'industrie d'une autre découverte utile: nous voulons parler de sa mécanique invariable double armure, à crochets de levée et baissée, propre à tisser les étoffes unies et façonnées, et dont nous donnerons plus bas la description.

I. Entente dit damas français.
Deux chaînes de couleurs différentes, sont remises en deux corps, à la manière ordinaire, soit surun empoutage en deux corps, soit suivi, amalgamé, ou tout autre.
Les fils sont passés par deux de la même couleur dans le même maillon; les maillons sont envergés par un de chaque corps. Après avoir été passés de cette manière aux corps des maillons, les fils sont remis sur huit lisses à grande coulisse, travaillant en levé et en rabat, au moyen de la mécanique à double armure de M. Yalayer, brevetée le 10 février 1849.
Un métier ainsi monté peut faire l'étoffe sans envers, ou avec envers; l'endroit dessus ou dessous, à volonté. (Le remettage des fils sur les huit lisses constituait la partie principale du système objet du brevet; il était nouveau, il avait été créé spécialement pour la fabrication du damas français, et on l'avait préféré à tout autre, par rapport à sa simplicité, à son économie, et a la facilité qu'il procurait au travail).
Les fils qui ont été passés par deux de la même couleur dans les maillons, sont passés au remisse par deux de couleurs différentes dans chaque maille.
Le tracé, accompagnant la description annexée au brevet, représentait deux cours de remettage des fils passés aux maillons et sur les lisses.

II. Aspect du damas français.
Ce genre de tissu offre à l'oeil deux couleurs de satin, et deux couleurs de taffetas ou gros-de-Tours. S'il est sans envers, les quatre couleurs de satin et de taffetas se produisent des deux côtés, avec des variétés dans le dessin.
S'il est avec envers, l'endroit pourra être embelli et enrichi de tout l'éclat qu'offrent les damas brochés et les brocards, sans perdre les avantages qu'il a sur ces sortes de tissus.